Varsovie mon amour

Cv varsovie mon amourVarsovie, janvier 1945
Alors que les troupes soviétiques se déployaient à l’est de la ville, le lieutenant SS Aloïs Storm parcourait une dernière fois les ruines du Ghetto avec son aide de camp. Aloïs lui demanda de rouler lentement. Il espérait toujours retrouver cette jeune Juive polonaise qu’il avait rencontrée avant la grande déportation de 1942. Il aurait aimé lui expliquer les raisons de son geste au lieu de la laisser s’enfuir. Il se demandait comment elle avait pu survivre seule dans ce froid et sans nourriture. Il espérait qu’elle ait trouvé un refuge comme le premier où elle s’était cachée avec sa famille. Il s’en voulait de n’avoir pas été capable de reconnaître et d’admettre la véritable nature de ses sentiments vis-à-vis d’elle.
— Il n’y a plus personne ici, mon Lieutenant, dit l’aide de camp, anxieux de s’attarder dans les parages alors que les Russes étaient si proches.
Aloïs remarqua l’expression de crainte sur le visage de son ami.
— Je ne veux pas qu’elle tombe aux mains des Bolcheviks, dit-il.
Cette idée lui était insupportable et il se surprit à penser qu’il préférait la savoir morte.
Il crut reconnaître, un peu plus loin, l’endroit où ils s’étaient rencontrés la première fois. Il fit signe de s’arrêter et, regardant par la vitre, il se souvint.

*
Alors qu’il longeait le mur du Ghetto, comme chaque fin d’après-midi de 1942, il entendit la voix d’une jeune fille qui essayait obstinément d’entrer en contact avec quelqu’un de l’extérieur. Il continua son chemin, indifférent, jusqu’à ce qu’il l’entendît crier. Il s’arrêta, fit demi-tour et revint vers elle en se guidant au son de sa voix, rejoint par deux soldats SS, curieux eux aussi de savoir ce qu’elle voulait.
— Arrête de crier comme ça, Juive ! Qu’est-ce que tu veux ? demanda Aloïs sèchement.
Après un court instant de silence, elle lui répondit en allemand.
— Je voudrais faire un pari avec toi. Es-tu joueur ?
Les trois hommes se regardèrent avec un air interrogateur.
— Dis toujours, je verrai si cela m’intéresse, répondit-il, curieux de connaître la suite.
Elle marqua un autre temps de pause.
— D’accord. Je te parie que si j’arrive à m’asseoir en haut de ce mur, non seulement tu auras envie de m’aider à descendre de ton côté mais, en plus, tu voudras m’inviter à boire un verre.
Les soldats éclatèrent de rire.
— Opération séduction, mon Lieutenant ! Elles sont prêtes à n’importe quoi pour sortir de là ! lança l’un d’entre eux.
— Oui, et vous en savez quelque chose, n’est-ce pas ! Elle n’a aucune chance avec moi, même si je veux bien me prêter à son petit jeu, leur dit-il.
— Je suis d’accord, Juive. Sache que j’ai bien compris la nature de ta proposition mais sache aussi que si tu n’es pas à mon goût, je te donnerai une belle correction pour m’avoir fait perdre mon temps ! Est-ce que tu marches toujours ? dit-il s’adressant à la jeune fille.
— J’accepte !
Aloïs était curieux de la découvrir mais la présence des deux hommes le dérangeait.
— Fichez le camp ! Cela se joue entre elle et moi !

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