Les Fables de La Fontaine en argot, extrait

Couverture des Fables de La Fontaine en argot illustréesLe Renard et le Bouc
Un renard et un bouc traçaient à toute berzingue en direction d’un puits, se fiant à leurs trous de nez magnétiques qui détectaient la flotte à dix bornes à la ronde. Les deux compères étaient assoiffés. Ils descendirent donc dans le puits pour se gorger l’gésier d’une eau pure, fraîche et limpide. Lorsqu’ils eurent bu tout leur soul, le renard balança à son acolyte en sabots :
- Ben merdalosse, Coco Chanel, va falloir s’éjecter d’ici à présent, t’y as pensé, toi, qu’en descendant dans l’puits on aurait forcément à remonter ? Non bien sûr t’as l’cervelet dans les lombaires comme tous les tiens, mais t’inquiète j’ai mon idée. Écoute bien le secret que j’vais te cloquer dans l’trou de tes cliquettes poilues : tu vas te coller contre la paroi du puits et moi j’vais grimper le long de ton dos pour m’arracher du cratère, ensuite je te tirerai de là, foi d’gentleman. Allez, rapplique, avec tes jambes arquées on dirait que t’as été emmailloté dans un trombone à coulisse ! Mais on va pas faire les difficiles, hein, allez let’s go !

Le Loup et l’Agneau
Un agneau tout mignard cloquait ses nougats, pénard et mélanco, dans l’eau stagnante d’un oued boueux à toute fin de se désaltérer la glissière à graillon.
- Merdouille ! fit-il entre ce qui lui restait de dents de lait, j’vais bien finir par m’débrider la tuyauterie avec c’te flotte saumâtre !
Mais voilà qu’un loup de banlieue, simple lupus gris qui traînait sa misère dans l’coin en quête de bectance, l’apostropha en ces termes, un sourire de raie en couche lui barrant la gueule :
— Ohé, l’laineux, ramène ta caisse par icigo ! Où c’que tu mouilles tes pinceaux ? Qu’est-ce que tu fous dans ma lance, hein ? Qu’est-ce qui te prend d’tremper tes miches dans mon eau, c’est un domaine privé ici, t’es miro ou quoi, t’as pas vu l’écriteau ?

Le Corbeau et le Renard
Un pignouf de corbaque croassait pépère sur la branche d’un touffu pâlichon, un from’ton bien fumant carré dans la trompe.
Un renard qui musardait dans l’secteur, flatteur et tringlomane notoire, lui bonit à peu près c’te jactance :
- Eh, salut Ô superbe blakos, j’avais jamais gaffé que vous étiez aussi choucard et si bien balancé, diantre ! Puis vous êtes trop stylé avec vo’t sape noire, un vrai caïd, puis tellement baraqué, vous avez des endosses de catcheur, ma parole… Et le premier qui renaude, j’y cloque le beignet séance tenante !
- Taratata l’canidé ! mâchouilla l’oiseau entre ses ratiches primitives, sans pour autant relâcher sa bectance, pressentant une entourloupe vacharde. Vous me flattez, cher ami, au point de m’filer de l’oxygène dans ma tuyauterie à raisiné.

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Préface de Pascal Légitimus